D’où viennent ces 65 000 citations ?
Chaque quinzaine depuis avril, Repliq pose près de 200 questions fixes à quatre assistants — ChatGPT, Google AI Overview, Google AI Mode et Perplexity — directement dans leurs interfaces publiques, pas via des API. Les questions couvrent dix secteurs de l’économie suisse et sont posées en français, pour le marché romand. Le relevé d’août totalise environ 65 000 citations, près de 8 000 domaines et 25 000 pages distinctes. La méthode est publiée et rejouable, ce qui en fait l’une des seules mesures continues de ce type en Suisse.
Google nomme environ un quart d’entreprises en moins
Le constat le plus net concerne Google : là où une réponse nommait environ 5 entreprises en avril, elle en nomme 3,8 début septembre — plus d’un quart de moins. Sur 44 questions suivies, 36 sont en baisse, et les réponses qui ne nomment aucune entreprise sont passées de 4 % à 10 %. Moins de noms cités, c’est mécaniquement moins de place pour vous.
Deux évolutions techniques accompagnent ce mouvement. L’Aperçu IA de Google s’affiche désormais sur 83 % des questions suivies (contre 75 % au printemps), et 88 % quand la question porte sur le nom même d’une entreprise. Parallèlement, Google AI Mode répond de plus en plus aux recherches locales avec des fiches d’établissement issues de Google Maps : aucune en juillet, une réponse sur neuf depuis la mi-août. La catégorie, l’adresse et les horaires de votre fiche deviennent alors directement la réponse — c’est exactement le terrain de la fiche Google Business Profile.
ChatGPT affiche trois fois moins de sources
En l’espace de trois semaines, ChatGPT est passé d’environ 9 sites affichés comme sources par réponse à 3,3. Google AI Mode est passé dans le même temps de 8,5 à 2,7 sources — pendant que les réponses de ChatGPT s’allongeaient de 22 %. Le phénomène est spectaculaire : l’assistant écrit plus long, mais affiche beaucoup moins de sources.
Le cas le plus parlant relevé par Repliq : une question sur la meilleure assurance maladie pour un frontalier employé à Genève citait 28 domaines le 15 août. Dix-sept jours plus tard, la même question n’en citait plus que deux — ge.ch et priminfo.admin.ch. Et Reddit, présent dans 15 % des réponses ChatGPT début août, est tombé sous 1 % au 1er septembre.
La moitié des citations échappe aux entreprises
Le chiffre le plus intéressant n’a, lui, presque pas bougé : 50,4 % des citations renvoient vers des sites que l’entreprise concernée ne possède pas. En haut du classement des sources : les sites d’entreprises (28,6 % des citations), puis les comparateurs et annuaires (16,2 %), les sites officiels (14,2 %), les blogs indépendants (10 %), la presse suisse (6 %) et les forums (5,1 %).
Conséquence directe : se contenter d’optimiser son propre site suffit d’autant moins que les citations dépendent aussi de tiers. Cela rejoint le constat des deux expériences GEO publiées en septembre : l’essentiel des citations vient souvent de l’extérieur.
Aucun site ne domine : c’est une autre logique que Google
Contrairement à un moteur de recherche classique, aucun domaine ne domine réseau : les dix premiers domaines ne pèsent ensemble que 10,4 % des citations, et il faut cumuler 500 domaines pour atteindre 59,7 % d’entre elles. Deux entreprises sur trois citées ne le sont que par un seul des quatre assistants. Être bien placé sur l’un ne garantit rien sur l’autre.
Autre enseignement pour les secteurs concurrentiels : sur les questions de choix de banque suisse, la page la plus citée du corpus est un blog personnel (mustachianpost.com) — pas un site bancaire. La présence dans une réponse IA ne suit pas la notoriété : elle suit ce que les assistants jugent utile pour répondre, ce qui se travaille.
Ce que cela change pour une PME
- soigner sa fiche Google Business Profile : catégorie, adresse, horaires — c’est elle qui répond directement dans les recherches locales
- publier du contenu qui répond aux questions, chiffré et daté — le type de pages que Repliq voit le plus cité
- chercher des mentions extérieures : presse, annuaires, comparateurs, associations — la moitié du terrain vous échappe sinon
- mesurer assistant par assistant : aucune visibilité globale n’existe, et les classements ne se transmettent pas d’un outil à l’autre
Ces quatre axes correspondent aux bases que je pose dans un audit SEO : fondations techniques, contenus utiles, cohérence des informations, mentions extérieures. Rien de magique, mais une méthode qui réponde au terrain.
Ce que ces chiffres ne prouvent pas
Ces relevés mesurent des citations, pas des ventes : une citation n’est ni un clic ni un client. Les réponses IA sont aussi mouvantes par nature — Repliq le rappelle, Reddit est passé de 15 % à moins de 1 % des citations ChatGPT en un mois. Le sérieux de la méthode ne change rien au fait qu’il faut lire ces chiffres comme des tendances, pas des lois.
Ces mesures concernent-elles toute la Suisse ?+
Les questions sont posées en français et ciblent le marché suisse romand. Les tendances sur le nombre de sources citées concernent les assistants interrogés ; elles peuvent différer en Suisse alémanique.
Quelle différence entre ce relevé et un classement Google classique ?+
Un moteur de recherche renvoie une liste ordonnée de liens ; un assistant compose une réponse en citant quelques sources, sans « premier de la liste ». Les deux logiques coexistent, mais la seconde ne se pilote plus par la seule position.
Faut-il être présent sur les comparateurs pour être cité ?+
Pour certains secteurs, c’est un levier réel, car ils figurent parmi les sources les plus citées. Mais la présence doit rester cohérente : une représentation fausse ou datée y est aussi une réponse IA qui se trompe sur vous.
Comment savoir si mon entreprise est citée ?+
En posant les questions que vos clients posent, dans l’interface publique de chaque assistant, régulièrement. Sans rapport officiel pour ces outils, la vérification manuelle mensuelle reste la méthode la plus fiable.
Ces assistants citent-ils de plus en plus de sources ?+
Non, la tendance de septembre est inverse sur les quatre assistants suivis : moins de sources affichées par réponse, des réponses plus longues. C’est précisément pourquoi la qualité de chaque citation compte plus que leur nombre.
Sources
- Repliq Research — « Recherche IA en Suisse romande : ce qui a changé cet été », Xavier Mercier, publié le 3 septembre 2026 (gorepliq.com)
- Repliq Research — Observatoire des sources IA, Suisse romande (méthodologie publiée, données ouvertes)
- ICTjournal — « Les assistants IA créent un nouveau défi de visibilité pour les entreprises suisses », juin 2026